JMM L'Avenir 09-11-2017

Fruit de deux cultures, un Hervien se livre !
Jen-Michel MASSART publie son second roman "La réconciliation", retenu pour un prix littéraire à Mon's Livre 2017.
Un article signé Pierre Lejeune.

La réconciliation

Une lecture de Barbara FLAMAND

Le  roman s’ouvre sur une activité d’Enée, le personnage principal, une activité rarement exercée et qui s’intègre dans sa personnalité comme nous l’apprendrons dans la suite. Il restaure des masques africains, collectés au cours des années, révélant les mythologies d’ethnies du Congo, pays où il est né de parents belges, et témoignant d’une civilisation oubliée et d’une spiritualité en connivence avec le surnaturel. De ces masques, d’une puissance d’expression et d’une esthétique qui influencera les artistes cubistes, ressort une magie.

Avant sa naissance au Congo, ses grands parents y vivaient depuis les années trente. Ils seront dans le roman, comme d’ailleurs les parents d’Enée (son père est professeur),  ses frères et sœur qui naîtront après lui, des personnages secondaires.

Non qu’ils soient insignifiants, au contraire. Ils comptent dans la vie d’Enée par les liens affectifs, évidemment, par leur culture qu’ils lui communiquent mais encore par leur rôle dans le pays, leur vision des événements. Mais l’essentiel qui va modeler l’enfant, et ensuite l’adolescent, est son immersion dans la nature et dans la société congolaise.

Dans cette société où les normes rigoureuses sont absentes, Enée vit libre. Cette liberté – qui sera également sa liberté de pensée - lui offrira ses découvertes, la nature d’abord,  sa beauté mais plus subtilement son essence, ce dont lui-même est fait. Il  est de la nature, comme les animaux sauvages qui lui deviennent familiers. Il est une part d’une âme universelle dans laquelle prend place la mentalité congolaise, simple, rieuse, spontanée encore imprégnée d’un rituel ancestral dans lequel  le surnaturel comme la magie restent vivaces.

Un spectacle inoubliable qu’Enée garde dans ses yeux: le fleuve Congo. De sa puissance, de sa majesté, l’auteur donne une description magnifique. D’ailleurs  ,partout où la nature s’introduit dans le roman , elle est rendue avec talent et, avec amour.

Les faits personnels relatés, se situent toujours dans une époque datée par les événements culturels, sociaux, internationaux… Références à papa Wemba, l’indépendance du Congo,  et les tribulations internes qui suivent ; Mobutu et le culte de la personnalité, les hippies….

Pendant tout ce temps, Enée structure sa personnalité, d’un côté en contact avec la nature, la vie brute, de l’autre, une culture française de la part de  ses parents,  par les livres, l’écoute des concerts,  des chansons, et la presse.

Alors que pour les Belges et étrangers de diverses nationalités ne pensant qu’à leurs intérêts, le Congo reste inconnu, voire mystérieux, lui, Enée en a saisi l’essence ; il a deux amours : le monde naturel des sensations d’où se dégage une humanité, et le domaine intellectuel. Il va rentrer en Belgique pour des études universitaires.

Il est étranger dans le monde universitaire où il découvre la ségrégation sociale, comme dans l’ensemble de la société, par ailleurs  conformiste et standardisée où circulent des idées toutes faites ,sur le Congo, notamment. Pourtant, il doit s’intégrer puisque sa vie se passera désormais dans ce pays qu’il s’efforcera de mieux connaître. Mais il gardera en soi la culture congolaise. Il réussira à faire « La part des choses » Ce sera « La réconciliation » Et, à la fin du roman on retrouve Enée dans son atelier manipulant une statuette récemment reçue : une grenouille en ivoire, petit objet également porteur des rites d’une tribu.

Ce roman sort franchement de l’ordinaire. Dès l’entrée, on est plongé dans l’atelier d’un personnage singulier, passionné par les masques africains anciens dont il connaît les mystères. Et pour cause : il est né au Congo où il a vécu des expériences que lui seul, par son caractère même, pouvait connaître. Ce rapport d’Enée avec la nature fait de sensibilité autant que de philosophie est rendu passionnant par l’écriture, bien sûr, et tant il renoue avec un lien essentiel de l’aventure humaine : la place de l’être dans la nature. Le roman se passant dans l’époque moderne, ce rapport homme/nature est doublé du rapport homme/société., c’est ce double rapport qu’Enée doit assumer. Il finit donc par concilier les deux.

Le style est…beau. C’est l’adjectif qui me vient à l’esprit, adapté au sujet, selon que l’on passe de la description des lieux ou à la relation d’un fait. Et puis, il y a quelque chose  d’impondérable qui diffuse l’attrait, le charme. Encore faut-il que le lecteur soit réceptif au sujet. Or, ce sujet se place si loin de la littérature en tous genres : policier, étrange, lyrique, romanesque, engagé… qu’il peut ne pas intéresser.

C’est justement parce que le thème (pas ce qu’on a pu écrire sur le Congo et la vie au Congo) est si original en prenant pour départ des masques aux significations mythologiques pour en arriver à la nécessité de garder en soi le goût  de la magie, et en restituant à la nature son état de berceau originel, que ce livre m’a vraiment séduite.

Certains peuvent reprocher à l’auteur sa vision idyllique du Congo qui a subi une colonisation dont on connaît les méfaits. Je ne lui reprocherai pas. Le substrat du livre écarte cet aspect. Tout porte à croire qu’il s’agit d’une autobiographie.

 A publier sans hésitation.

Barbara