Une lecture de Jean-Jacques De Gheyndt

Le Commissaire Carmel, bien connu de nos lecteurs, est aux prises cette fois avec les événements les plus explosifs de notre quotidien tumultueux: les attentats de Paris et de Bruxelles ont mis la Sûreté de l'État sur les dents, ou – comme l'écrit l'auteur – la Sûreté est montée en épingle !  

C'est ainsi que le patron du contre-espionnage, Jan Vlaeming, et l'inspecteur de la Sûreté Bondt – Jan Bondt – sont sur la trace d'un rendez-vous suspect, programmé par deux Français transportant une valise suspecte, dans un endroit qui ne le leur semble pas moins: La Fleur en Papier doré ! Ces louches individus sont soupçonnés de préparer un attentat contre le premier Ministre, Julot Derupot … rien que ça, Menneke, ara !

Mais Carmel à d'autres chats à fouetter, car, pendant ses vacances à Blankenberge, il a été littéralement vampé par Rosalie Bellevoie, superbe créature enjôleuse qui se révèle en rapport étroit … avec la narratrice, Roza, la rame de Métro … qu'est-ce que tu dis en bas de ça ?

Après avoir élucidé le mystère de la Chambre dorée, ou plutôt de la Fleur en Papier doré, le Commissaire saura-t-il chemin avec cette troublante incarnation rozacienne qui hante et trouble son subconscient ? Ça tu verras peut-être dans le prochain numéro … nous révèle l'auteur.

Vous l'aurez deviné, chers lecteurs, le dernier tramino-métro-polar de Georges Roland fait la part large à la zwanze, ce Calmant Partout de nos angoisses méta- ou pataphysiques ! Le livre fait également la part belle aux expressions bruxelloises, si savoureuses et si étranges lorsqu'elles sont – comme souvent – le fruit d'une traduction littérale d'expressions courantes dans le flamand du cru !

L'ouvrage est complété par un lexique bruxellois-français.

Une lecture d'Alain Magerotte

Cartache ! Du ramdam chez les rames

Le pauvre Carmel, Guy de son prénom, n’a pas le temps de souffler. Il vient à peine d’élucider un mystère que, potverdekke, un autre se présente à lui. Et alors là, question «mystère», notre Jules Maigret à la sauce «moules/frites» est servi.

Le mot de la faim (uniquement pour te mettre en appétit) : on retrouve quatre types étendus entre deux rames, la tête transformée en kip kap !

Qui a bien pu commettre de telles horreurs ? Quel monstre doté d’une puissance phénoménale a pu soulever un gros étau pour écrabouiller les têtes de Tichke Mosselbeuze, gardien de nuit, Léonard Deshonnelles, ingénieur, Clothaire Snotvinck, vieux nostalgique du tram et Jacques-Lionel des Haunarts, chef du dépôt ?

Ah, ça fieu, faut demander à la rame Monique, elle va te livrer le pot aux… Roza !… Roza qu’on retrouve avec plaisir ! Roza, la rame vedette du métro bruxellois et ses savoureux monologues brusseleirs !

Et puis, dans ce roman, il y a d’autres retrouvailles; la plupart des personnages rencontrés dans l’épisode précédent, C’est le brol aux Marolles.

A propos de plaisir, celui-ci gagne en intensité avec la présence de la pulpeuse Arlette Carmel, plus excitante que jamais. Je me suis même laissé dire qu’elle était le fantasme de l’auteur… Georges, je te signale que tu n’es plus le seul à fantasmer sur la fille du plus célèbre limier de Bruxelles. Et comme toujours, alors que t’as deux asticots qui «zyeutent» sur une «tof meï», y a un troisième larron qui pointe sa frimousse et qui embarque la donzelle !

... Holà, du calme gamin, je ne vois plus la limite entre la réalité et la fiction… mais, à tout bien réfléchir, y en a-t-il encore lorsqu’on s’applique à fond dans la lecture d’une histoire qui te tient en haleine ? 

Bon, celui qui embarque la craquante Arlette, c’est François «Susse» Moreau, un jeune inspecteur tout frais émoulu dans la police.

Revenons-en à nos affaires… je parle des crimes, bien entendu. Comme dans tout bon roman policier, les suspects se bousculent au portillon. Parmi ceux-ci, un certain Léon Dingault, le roi de l’ «enkriekage»… comme Noël Godin est le roi de l’entartage !

Mais l’impatience te gagne, te ronge même… tu voudrais savoir, hein ?... Allez, je vais me montrer bon prince, je te donne une info sur cette affaire qui rend presque fou Guy Carmel : Mosselbeuze se prénomme, en fait, Jean-Baptiste, Tichke n’est qu’un surnom !

Et puisque je suis dans les révélations, il serait peut-être temps de te dire ce que signifie le mot «cartache». Une cartache c’est une grosse bille «œil de chat» en verre transparent avec flamme rouge ou jaune à l’intérieur.

Mais une cartache c’est aussi un grand coup, sur le nez par exemple. Et ça, menneke, ça fait pas du bien ! Alors, pour qui le grand coup sur le nez ? Poser la question c’est y répondre si tu as lu avec attention cette note de lecture… 

Euh, encore un mot sur la cartache… c’est également une partie bien précise de l’anatomie masculine qui tend à grandir et à se durcir face à une créature de rêve comme Arlette Carmel. Cette fille, comme l’intrigue, vaut le détour et cette fille, comme l’intrigue, te mettra dans tous tes états !

Une lecture d'Alain Magerotte

Georges Roland m’énerve ! Ce type est à l’aise dans tout : le traminot-polar zwansé, le roman grave, le roman humoristique, la chronique rurale, le roman historique, le roman rural, la chronique historique, la chronique romancée, le roman chroniqué. Y paraît que Môssieu excelle même dans la poésie, dixit Barbara Flamand, une épée dans le genre !

Bon, soit. J’ai lu «Louis Blanc-Biquet» et j’ai A-D-O-R-É ! Louis Blanc-Biquet, wie is dat ? C’est le grand-père du «génie littéraire». Louis de witten bikker est appelé comme ça à cause de la blancheur de sa chevelure et de la vie trépidante qu’il a menée dans les milieux bourgeois de la ville. Louis Blanc-Biquet ou la trajectoire d’un fils de bourgeois devenu paysan (fin du XIXème siècle).

Cela dit, chapeau ! Il faut une fameuse dose de courage pour quitter l’insouciance de la vie universitaire et retourner au village pour apprendre le dur métier de fermier. Je connais quelqu’un qui m’est très très proche, donc très très cher, qui a beaucoup guindaillé mais qui, après, a opté pour la profession nettement moins rude de fonctionnaire.

Louis rencontre son petit-fils (onze Georges) et raconte la trajectoire de chacun de ses gosses (11 au total !). Mais, attention ! Louis est un conteur né, difficile donc de dissocier la réalité de la fiction. Qualifions dès lors ce récit de réalité romancée.

Cette belle grande famille vit dans le village de Neerijse (Brabant flamand). Et, dans la première moitié du XXème siècle, il n’y a pas la télé, Internet ou les GSM. Un des plaisirs consiste à se rassembler à la veillée, après une dure journée de labeur, pour écouter le pater familias raconter des histoires ou des légendes comme celle du Lodder, ce grand chien noir qui hante notamment la côte du Rood Hoof.

A cette époque, les traditions sont rigoureusement respectées comme celle, par exemple, consistant à sacrifier un enfant à Dieu et un autre au pays. Louis n’y déroge point; l’une de ses filles entre au couvent et un de ses fils s’engage à l’armée. Ce dernier, le pauvre, va même se retrouver caserné au bout du monde… à Neufchâteau !

Et puis, une autre de ces demoiselles, Marie-Joséphine (Merée), monte à Bruxelles pour trouver un emploi de bonne chez un notaire. Quelle expédition, zeg ! La ville avec ses bruits, ses voitures, ses maisons collées les unes aux autres, sans jardin, sans vache, sans poule, sans cochon… Et quand, de temps à autre, elle revient au bercail faire un petit coucou, Madame «joue les fières» et s’habille comme une princesse !... c’est ce que pense sa sœur Justine, un chameau !

Merée sera bientôt rejointe à Bruxelles par son frère Miel (Emile, le futur père d’onze Georges).

Un livre divertissant à souhait avec ses passages cocasses (le vélo de Gust, l’incendie de Bram, la soupe trop chaude ou encore la mésaventure du curé sur la planche des toilettes) mais également un témoignage poignant sur la première guerre mondiale (la rencontre de Louis avec les Uhlans, l’invasion de Neerijse en 1914, la vie sous l’occupation… et puis ces soldats flamands obligés d’obéir aux ordres émis en français par leurs Supérieurs…).

De la première à la dernière page, ce fut un savoureux moment de lecture. Ce «Louis Blanc-Biquet», je le recommande prestement.

Merci Georges de m’énerver autant !

Encore une lecture d'Alain Magerotte

Onze Nouvelles d’«onze» Georges, de quoi appâter à la fois l’amateur de ce genre littéraire et le fan des écrits « Rolandesques » que je suis. LES CONTES DE LUCI… ce sont onze satanées nouvelles puisque LUCI n’est autre que LUCIFER.

— Epître de Luci aux terriens Comme mise en appétit, un premier récit mené tambour battant à travers la faconde et l’humour insoupçonné du plus célèbre des démons. On apprend ainsi, de la bouche même de l’intéressé, que LUCI est un joyeux plaisantin adorant faire des blagues. Dès lors, il n’est guère étonnant de le voir faire… l’épître !

Cette épître, truffée de jeux de mots, est savoureuse par l’ironie et le ton inédit qu’elle dégage. Voilà un premier set bien enlevé.

— Coline est une « gentille petite fille » partagée entre une maman ne supportant pas le moindre gramme de poussière et un papa qui doit sûrement avoir des actions au Brico Center du coin. Dès lors, la vie n’est pas toujours rose à la maison. Mais aujourd’hui, c’est différent, papa et maman font la grasse matinée. Et Coline est tranquille… elle peut regarder la pluie tomber dans la gouttière…

— Vacances en armes Durant les vacances, des gamins jouent à la guerre après la guerre… Les endroits dévastés sont des terrains de jeux idéaux. Chaque coin est à « conquérir ». Le Rolle, Louis et Pol ont l’instinct de revanche bien ancré en eux. Leurs ennemis ? Les frères Crombé, des vraies terreurs…

— Alain et Gabriel Amour brûlant, amour troublant, amour destructeur entre un homme de 42 ans (Alain) et un jeune homme de 17 ans (Gabriel). Les Verlaine et Rimbaud des temps modernes.

— Aline Certains sont prêts à tuer père et mère pour hériter de beaucoup de sousous ! Et même, croyez-moi ou non, à tuer leur sœur !...

— Le cauchemar deValérie Le « Il arrive » de maman à papa met la petite Valérie dans tous ses états. Qui donc arrive ? Quel danger risque de rompre le bel équilibre existant entre Valérie et ses parents ?

— La viciation Voilà le type même de Nouvelle dont je raffole; « l’affrontement » entre un personnage (mis à la première personne du singulier) et une petite bêbête (araignée) qui monte, qui monte. Tout l’art consiste à tenir le lecteur en haleine à partir d’une situation somme toute banale. Toutes les phases psychologiques par lesquelles passe le personnage donnent la force et le rythme à ce genre de récit. Bravo Georges, tu fais mouche (même s’il s’agit d’une araignée…)

— La Marlière Une Nouvelle qui fait froid dans le dos. Par la canicule ambiante, elle est la bienvenue. De l’horreur pure et dure racontée de manière très cinématographique. Je peux vous dire qu’il s’en passe des choses dans les milieux de la « Haute ». Et c’est pas joli, joli…

— De l’Alsace au Tonkin Rodolphe Speisse est français, d’origine alsacienne. Embrigadé, il se retrouve avec une mitraillette dans les mains dans une plaine brûlante d’Indochine. Il combat au nom de la France alors que son grand-père, Georg, avait été embrigadé dans les troupes du Kaiser. Durant la guerre 14-18, l’Alsace appartenait au Reich. Il en a trucidé des soldats français, grand-père Georg… et une absurdité de la guerre, une de plus !

— Petit Charles provoque un trouble intense auprès du vicaire à qui il est confié pour suivre de cours de catéchisme. Lutte intense et profonde entre le bien et le mâle.

— Cètètotan Placée dans un home, une dame, d’un âge vénérable, ne se souvient plus… ou ne veut plus se souvenir… que de la Belle Époque, quand elle a connu son compagnon, Constant. Elle fait l’impasse sur tout le reste… même sur ses enfants et ses petits-enfants.

Et puis, cette nouvelle se termine sur une dédicace de l’auteur… à ma mère.

Une plume de plus à mettre au chapeau (même s’il ne porte que des « mouches » ou casquettes pour les non (John) initiés) de Monsieur Georges !

Un livre paru aux Associations Bernardiennes qui peuvent s’enorgueillir de posséder en Georges Roland un auteur de très grande qualité.