La Libre 28-05-2018

Un bel article de Christian Laporte.

Eï ben ek - Eï blaaiv ek !

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le bruxellois chez Tintin, sans avoir jamais osé le demander !

Comme tout Bruxellois qui se respecte, j'ai en tête quelques expressions en syldave ou en arumbaya: Frêtmo, le stoumpô, czestot on clebcz et bien sûr l'inénarrable Eih bennek, Eih blavek ! Mais que se cache-t-il derrière ces expressions ?

Le lecteur francophone moyen sait peut-être qu'Hergé utilisait ses connaissances dialectales bruxelloises, acquises oralement via sa grand-mère maternelle qui habitait les Marolles. Les comprend-il pour autant ?

Le plus ancien article sur les sources dialectales bruxelloises chez Tintin date de 1976 et est l'œuvre  d'un ressortissant … des Pays-Bas ! Le premier travail de fond est celui de Frédéric Soumois dans "Dossier Tintin" (épuisé). La meilleure analyse jusqu'à aujourd'hui se trouve dans "Tintin, ketje de Bruxelles", un livre de Daniel Justens et d'Alain Préaux (épuisé).

Hélas aucun de ces ouvrages n'est complet et, surtout, ne développe suffisamment les multiples sources historico-linguistiques de la création hergéenne. C'est pourquoi je me suis lancé dans l'aventure, comme je l'ai fait il y a deux ans pour "Schieven Architek ! Les langues endogènes à Bruxelles".

Syldave, bordure, bibaro et arumbaya furent allaités aux mamelles de notre riche dialecte brabançon, mais il faut croire que la nourrice avait alterné gueuze, faro, kriek et lambik pour accoucher de wulle gaminne (petites sauvageonnes) aussi différentes les unes des autres !

Les noms de personnages constituent le b.a.-ba de l’exégèse bruxelloise de l’œuvre d’Hergé, mais une analyse fine peut révéler une richesse insoupçonnée. La topographie est cohérente : ainsi, la capitale de la Syldavie est Klow, à prononcer klouf (fêlé), et répond à Shohôd (au fou), capitale de la Bordurie. Les dialogues s’échelonnent de la transposition simple, tels Wadesmadana (c’est quoi ce bazar ?) à un véritable travail de paléographie lorsqu’il s’agit de comprendre l’arumbaya ou le vieux syldave.

De nombreux termes trouvent dans cet ouvrage une explication inédite : Dimitrieff Solowstensxopztski (Dimitrieff, fils de wallon têtu) ; Kragoniedin (je ne parviens pas à avaler cela). Les travaux préparatoires de Hergé m'ont éclairé sur son processus de création linguistique. Tous les dialogues et les deux versions du cartouche de la miniature du XIVe siècle sont intégralement traduits et justifiés mot à mot, et ce pour la première fois.

JeanJacques DE GHEYNDT "Eï ben ek, Eï blaaiv ek ! bruxellois - syldave - arumbaya"
ISBN: 978-2-930738-58-1 (216 pages) 16,-€      (+ frais de port 4,65€)
Disponible sur www.benardiennes.be

Schieven Architek !

Les dialectes sont souvent présentés comme vulgaires et populaires (dans le sens péjoratif du terme) en comparaison des langues officielles, censées seules capables de traduire un esprit élevé et d’exprimer science, poésie ou philosophie. Les parlers de Bruxelles n’y échappent pas: il suffit de compter les textes, chansons, sketches axés sur les injures, les degrés successifs d’éthylisme ou encore qui narrent des situations se déroulant en-dessous de la ceinture !

Je me suis mis à la recherche d'un livre qui rassemble sous une même couverture des aspects historiques, sociologiques, linguistiques, humoristiques, scientifiques, littéraires, récréatifs, passionnants, ingénus, savants, humains … correspondant à ma conception personnelle du fait dialectal bruxellois.

Ce livre n'existe pas. J'ai donc décidé de l'écrire.


ISBN 978-2-930738-31-4. (224 pages)

 

LE SITE DE L'AUTEUR
http://www.science-zwanze.be/

Jean-Jacques De Gheyndt

Jean-Jacques De Gheyndt est un ketje de la capitale, passionné par l'histoire des dialectes et argots bruxellois.

Docteur en Sciences de l'Université Libre de Bruxelles, il allie le sérieux scientifique de l'approche à la gouaille des citations, le tout au nom de sa maxime: "Pour la Science et pour la Zwanze". 

L'auteur est un conférencier reconnu sur le thème de nos parlers locaux. Il anime, mensuellement, un atelier dialectal à la "Fleur en Papier doré", haut lieu du surréalisme bruxellois. Il a également assuré la transposition, en brussels vloms, de la bande dessinée: Poje en Mamzelleke Beulemans, le 24e volume de la série bien connue de Louis-Michel Carpentier.